La maroquinerie Sandraz

La maroquinerie Sandraz

A la question rituelle : avez-vous toujours été maroquinière ? Geneviève Lehmann répond sans détours OUI. Et pour cause, dès sa plus tendre enfance, elle vivait, très souvent derrière le comptoir de la petite boutique qu’avait crée sa mère en 1947, le quotidien commerçant de celle-ci ! La maroquinerie Sandraz, du nom de sa mère, est donc une affaire familiale qui connut des mouvements entre la maroquinerie et le sport. A l’origine, Mme Sandraz vendait dans son local des valises en fibre, des portefeuilles, quelques sacs et des parapluies. Un embryon de maroquinerie. Mais un double phénomène allait faire évoluer la petite affaire dans les années 50 : l’insuffisance de l’activité maroquinerie et la montée en puissance des sports d’hiver. Nous sommes en effet à Cluses, 18 000 habitants, en Haute-Savoie. Un rayon sport fut dès lors adjoint à la petite maroquinerie, tant et si bien qu’il s’avéra judicieux, dans les années 60, de séparer les deux activités, chacune ayant son adresse : la maroquinerie 11 Grande Rue, le sport 14 Rue Pasteur. Dans la décennie suivante, Mme Sandraz acquit un local commercial jouxtant sa maroquinerie. Nous sommes en 1973. Les travaux d’agrandissement qui s’ensuivirent permirent de regrouper les deux commerces en un lieu unique, 11 Grande Rue. Mais la vie économique nécessite une adaptation régulière. Le développement important de l’activité sport dans les années 80 eut pour conséquence de séparer à nouveau maroquinerie et sport… Le décès, en 1986, de Mme Sandraz allait en effet encore modifier la donne, cette fois sous l’égide de sa fille, Geneviève Lehmann, qui apparaît enfin dans notre tableau. Entre-temps, celle-ci avait abandonné le comptoir de son enfance pour entreprendre des études supérieures de commerce à Grenoble assorties, dans la foulée, d’un séjour de deux ans aux Etats-Unis, à Detroit, puis d’une année passée à Paris. Elle rentra à Cluses en 1972, fin prête, pour « driver » l’activité sport de l’affaire familiale, au côté de sa mère, tout en gardant un œil sur l’activité maroquinerie : collections, achats et comptabilité. La jeune maroquinière prit le relais de sa mère de celle-ci. La jeune maroquinière prit le relais de sa mère à la mort de celle-ci. L’activité maroquinière s’installa rue Pasteur après des travaux qui portèrent la surface à 100 m², réserve comprise. Une vendeuse à plein temps fut recrutée. En 2003, Mme Lehmann décida d’arrêter l’activité sport pour se consacrer en totalité à la maroquinerie. Comment se présente aujourd’hui la Maroquinerie Sandraz ? Ainsi qu’on peut le voir sur la photo de la devanture, le magasin, en angle, bénéficie d’un linéaire et d’une visibilité vitrines fort appréciable. On est ici dans le registre de la maroquinerie traditionnelle, positionnée sur le moyen/ haut de gamme. Geneviève Lehmann souhaiterait une grande marque, mais Longchamp, sollicitée, n’a pas donné suite. Longchamp, comme d’ailleurs l’ensemble des grandes marques à fort notoriété comme Guess et qui se plaisent contempler leur belle image, ne prisent guère les petites villes. Elle travaille cependant, outre des marques italiennes, avec des grands noms de la maroquinerie et bagage, de Texier, marque elle-même en cours de repositionnement, à Delsey e, passant par Eastpak. Maroquinerie Sandraz diffuse tout ce qu’un magasin spécialisé doit avoir en termes de nomenclature de produits : sac à main, bagages, sacoches et serviettes, petite maroquinerie, gants, parapluies mais aussi accessoires divers et variés ; foulards, écharpes, bonnets. Le rayon scolaire est, de son aveu même, peu développé. La maroquinerie vise tous types de clientèles comme c’est généralement le cas dans une ville de cette taille.Geneviève Lehmann se préoccupe régulièrement de la lisibilité de son offre. Elle programme le concours d’un étalagiste toutes les trois semaines et revoit le linéaire tous les quinze jours en fonction de l’activité. Et des présentoirs extérieurs sont disposés en fonction de la météo. Sur le plan de la communication, la maroquinière est tout aussi vigilante avec des parutions dans la presse locale – mais très peu de radio. Actuellement, elle procède à des tests sur des promotions ponctuelles via SMS et emails qu’elle destine à ses clients situés dans une zone de chalandise assez large. Mais elle regrette l’évasion commerciale que fait subir à la petite cité la proximité relative de villes plus grandes telles Genève, Annecy et Annemasse et celle des stations de sport d’hiver où fleurissent les résidences secondaires comme Megève ou Chamonix. Au-delà des difficultés économiques de l’heure, la détaillante croit toujours que le maroquinier spécialiste a toujours sa place en centre-ville à condition d’exercer son métier avec sérieux et de faire en sorte que son magasin reste attractif. A lui de faire la différence d’attendre d’un vrai professionnel. Mme Lehmann croit en la pérennité de son affaire et reste une passionnée du commerce. Mais, à 69 ans, elle aspire à la retraite.

Author : DocRuben